Les OGM selon Mme Robin.

Introduction : pourquoi ce blog ?

Je ne vais pas vous pondre un énorme laïus sur le sujet : Mme Robin suite à son reportage sur Monsanto a publié sur son blog (http://blogs.arte.tv/LemondeselonMonsanto/) une bonne quantité de questions, de contenus, et de références scientifiques, portant plus sur l'usage de la transgénèse en général (et pas uniquement en agriculture) que sur cette compagnie.

Ce n'est pas loin d'être une première dans ce débat, et c'est on ne peut plus louable. Si ce contenu n'est pas sans failles, sans erreurs, sans biais même, il témoigne cependant d'une volonté de porter le débat sur des bases factuelles saines. Il m'apparaît important de saluer cette initiative, et de l'encourager en la poursuivant.

Corrigeons, et complétons donc les articles de Mme Robin ; enrichissons cette prémisse de débat pour en faire quelque chose d'un peu plus creusé qu'un simple pamphlet anti-OGM, et pour que chacun puisse en tirer quelque chose indépendamment de ses opinions sur le sujet.

Ce blog commencera donc par reprendre point par point, article par article celui de Mme Robin pour le compléter, avant une mise en forme finale pour un contenu plus cohérent. Ces articles seront écris indifféremment par des étudiants, des chercheurs ; ou quiconque soumettra une analyse pertinente et bien écrite. Le tout sera complètement anonyme pour vous inviter à considérer le fond, et uniquement le fond.

J'espère que vous en apprendrez autant que moi au fil de ce travail.


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Coton d'Inde.

Le premier article ( http://blogs.arte.tv/LemondeselonMonsanto/frontUser.do?method=getPost&postId=32586&blogName=LemondeselonMonsanto ) évoque la culture du cotonnier en Inde, le problème du surendettement des agriculteurs, et l'arrivée de variétés de cotonniers Bt.

Premier constat : cet article manque de cohérence.
Il commence par une remise en question des chiffres de l'ISAAA, qui seraient surestimés de 400 000 hectares.
C'est en effet bien possible ; et il est possible que les chiffres gouvernementaux Indiens soient également faux.
Cependant, cela ne remet pas en question la tendance forte évoquée : on serait passé en un an en Inde de 3,8 millions d'hectares à 6,3 millions.
Peut être que cela est surestimé de 400 000 hectares, mais cette croissance n'en reste pas moins impressionnante.
En outre, on trouve dans la dernière partie de l'article la citation suivante :

« Le problème, poursuivent les agronomes indiens, c'est que les paysans peuvent difficilement revenir en arrière : après le rachat de Mahyco, Monsanto contrôle la quasi totalité du marché des semences de cotonniers en Inde, et les semences non transgéniques ont pratiquement disparu… »

Il est clair lorsqu'on mets en parallèle les chiffres de l'ISAAA que le propos des agronomes en question est largement exagéré : s'il y a moins de 66% de surfaces en cotonniers Bt en Inde, c'est qu'il y a plus de 33% de cotonniers non-Bt.
Hors il reste toujours, même si les variétés non-OGM venaient à disparaître du marché, la possibilité de récolter des graines sur ces champs non-OGM, et de les semer.
Comment croire donc qu'il est impossible de revenir en arrière ?
En outre, il n'y a pas que Monsanto sur le marché des semences ; il y a quantité de concurrents qui auraient alors tout intérêt à vendre des semences non-OGM pour continuer à exister...
Sans compter le marché noir, dont ce communiqué de Genecampaign, une association militante anti-OGM nous fait une rapide description pour 2003-04 : http://www.genecampaign.org/Publication/Article/BT%20Cotton/CottonFiels-SwampedWith-IlligalBtCotton.pdf

En ce qui concerne les problèmes de suicides, ils ne sont ni spécifiques des cultivateurs de cotonniers, ni des OGM ; ils sont bien antérieurs à leur arrivée en Inde et résultent d'une accumulation de dettes, non d'un choix en particulier.
Dans l'état du Maharashtra, la dette moyenne des agriculteurs surendettés est de 1,6 lakh (160 000 roupies soit 2666 euros, un euro valant à peu près 60 roupies).
Quelle peut être la part de l'achat de semences Bt dans cette dette ?
Pour comparaison, dans le Maharashtra et à Gujarat, le sac de 450 (soit la quantité recommandée pour une acre) coûte 750 Rs, contre 450 Rs pour des semences non-Bt. Ce qui fait une différence de 750 Rs (741 précisément) par hectare.
http://www.indiaenews.com/business/20060604/10227.htm
Les quantités semées sont généralement supérieures à cette recommandation ; comptons donc 1000 roupies par hectare. Ce qui fait un surcoût d'environ 17 euros.
Je ne tiens pas compte de l'existence du marché noir, n'ayant pas de chiffres sur le sujet.
Ces chiffres sont récents ; ces semences étaient initialement 4 fois plus chères, soit environ 70 euros...
En Inde, c'est une somme très importante. Mais cela reste peu à coté d'une dette de plus d'un lakh.

Il faut donc non seulement avoir connaissance de ces ordres de grandeurs mais aussi tenir compte du fait que le surendettement est un problème multifactoriel. On ne peut pas l'associer ainsi à une seule et unique cause.

Mais parlons donc plus en détail de ce cotonnier Bt ;
3 variétés de cotonnier Bt ont été autorisés pour la première fois en mars 2002 : les variétés Mech 12, Mech 162 et Mech 184 de Monsanto, qui étaient alors commercialisées par Mahyco et 5 autres étaient testés en plein champs à grande échelle (Bollgard-RCH-2, Bollgard-RCH-20, Bollgard-RCH-134, Bollgard-RCH-138 et Bollgard-RCH-144 ) avant d'être homologués.
Ces variétés n'ont pas été directement modifiées par transgénèse, mais sont des hybrides de variétés locales de cotonnier, par une variété Bt américaine.
Ce détail n'est pas sans importance ; il est probablement à l'origine de l'essentiel des rumeurs sur le sujet.

A la suite de la première année de culture, les résultats ont été particulièrement décevants, car l'on s'est aperçu que les hybrides concernés produisaient moins de toxine Bt que les variétés Bt :
http://www.ias.ac.in/currsci/jul252005/291.pdf
http://forums.futura-sciences.com/thread88732.html
Les 3 variétés s'en sortant le plus mal sur les 8 testées étant le Mech 162, le Mech 184 et le RCH-138, les deux premières étant déjà commercialisées !
Généralement, l'expression du transgène est très variable au sein de la plante, et est la plus faible au niveau de la fleur, la partie la plus sensible à l'attaque de l'insecte.
Ces variétés ne produisaient pas assez de toxine BT pour être protégées contre le "bollworm".
En mai 2005, les variétés Mech-12 Bt, Mech-162 Bt et Mech-184 Bt ont été interdites en Andhra Pradesh.

A cela, est venu s'ajouter une mauvaise information des agriculteurs, dont beaucoup ont acheté des semences BT en croyant qu'elles étaient résistantes à tous les ravageurs :
http://www.agbioforum.org/v7n3/v7n3a01-morse.htm
Lors de cette étude portant sur 9000 exploitations, ils ont constaté que les agriculteurs ayant acheté des semences BT ont faits moins de traitement contre les pucerons et cie que ceux cultivant non-OGM.
Pourquoi ? Le BT ne protège pas contre ces insectes. Réponse l'année suivante avec un retour de manivelle ; cette fois-ci, ce sont les agriculteurs semant BT qui utilisent plus de traitements contre les pucerons et cie.
La première année ils pensaient leurs plantes protégées, ont donc moins traité contre ces insectes, et leurs champs ont subi des dommages.

Un départ raté s'il en est.
Mais c'était la première année de culture, en 2002-2003. Où en sommes-nous actuellement, en 2007-2008 ?
D'abord, les surfaces cultivées en OGM ne sont plus les mêmes ; je cite les chiffres de l'ISAAA :
surfaces d'OGM en Inde :
2002 : légalement, rien.
2003 : 0.1 millions d'hectares.
2004 : 0.5 millions d'hectares.
2005 : 1.3 millions d'hectares.
2006 : 3.8 millions d'hectares.
2007 : 6.3 millions d'hectares.
Il y a actuellement plus de 111 hybrides BT commercialisés par plus d'une vingtaine de firmes (http://www.financialexpress.com/news/story/199690/).
Il semblerait donc qu'il ne se dise pas la même chose concernant ces plantes dans les campagnes indiennes qu'ici.
Soit la réalité est bien plus nuancée que les propos généralement tenus par les associations militantes anti-OGM, y compris indiennes, soit des centaines de milliers d'agriculteurs indiens décident d'acheter des semences OGM alors même qu'ils sont entourés de victimes de ces mêmes semences.

Mais que disent les études d'impact sur le sujet ?
il y a des études qui montrent des échantillons d'exploitations chez lesquelles on constate un impact positif :

  • Naik (2001)
  • Qaim (2003)  Qaim and Zilberman (2003)
    (il est généralement reproché à ces deux publications d'étudier un échantillon de parcelles tests de Mahyco).
  • Pemsl, Waibel, and Orphal(2004)
  • Bennett, Ismael, Kambhampati, and Morse (2004); Bennett, Ismael, Morse, and Shankar (2005) http://www.agbioworld.org/biotech-info/articles/biotech-art/farmlevel.html
  • Barwale, Gadwal, Zehr, and Zehr (2004)
  • Morse, Bennett, and Ismael (2005a) : http://www.agbioforum.org/v8n1/v8n1a01-morse.htm
  • "Economics of Bt cotton vis-à-vis traditional cotton varieties (Study in Andhra Pradesh)" du Agro-Economic Research Centre of the Andhra University in India, que je n'ai pas encore consulté, mais dont j'ai demandé une copie ; j'y reviendrai après l'avoir lue.

Et des études qui montrent des échantillons sur lesquels ça ne marche pas ;
http://www.grain.org/research_files/BT_Cotton_-_A_three_year_report.pdf (300 roupies seulement d'économie en produits phytosanitaires).
Par contre, à la lecture de ce compte-rendu je vous reconseille de vous concentrer sur les tableaux, figures, et sur la description des 3 années concernées.
Le reste du texte apporte peu d'information, voir est constitué d'interprétations qui ne collent pas toujours parfaitement aux données.


Qu'en ressort-il ? Qu'il y a une économie réalisée sur les pesticides, mais qu'elle est variable d'une exploitation à l'autre, d'une variété à l'autre, et qu'elle est souvent peu importante par rapport aux prix des semences.
Monsanto a fixé des prix bien trop élevés, et s'est battu avec les autorités indiennes pendant plus de 3 ans pour fixer des royalties exorbitantes.
La baisse récente des prix des semences n'est probablement due qu'à l'ouverture du marché, l'arrivée d'une concurrence importante, et...le fait que certains états aient fixé eux même des prix maximums.
Sans parler bien entendu du marché noir...
D'autres points sont soulevés, notamment sur la façon dont ces nouvelles variétés sont cultivées. L'étude rendue publique par GRAIN montre qu'un soin trop important, et non-récompensé a été apporté par les cultivateurs Bt de l'échantillon considéré.
Ce qui amène logiquement la réflexion de Glenn D Stone ; cela ne peut pas fonctionner uniquement sur la base des assertions fantaisistes des militants anti-OGM, et des commerçants : avant que ces semences soient utilisables correctement, il faut que les cultivateurs retrouvent une place dans le processus de sélection et de test.
Le choix des semences cultivées ne doit revenir ni à des groupes de militants, ni à des entreprises, mais au cultivateur qui doit pouvoir tester différentes semences et voir lui même si elles conviennent à son exploitation.
Cela n'est d'ailleurs pas moins vrai pour les semences conventionnelles : il n'y a pas de variétés miracles ; toutes les variétés cultivées donnent de plus ou moins bon résultats en fonction des sols, du climat, du mode de culture.

Le but n'est pas de diffuser ou d'interdire telle ou telle variété qui serait miraculeuse, ou désastreuse, mais de voir où elle fonctionne, où elle ne fonctionne pas, et pourquoi.
Puis d'y remédier.


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le L-Tryptophane.Où comment une information lacunaire peut désinformer…

Mme Robin déclare sur son blog (http://blogs.arte.tv/LemondeselonMonsanto/frontUser.do?method=getPost&postId=32633&blogName=LemondeselonMonsanto ) que les auteurs de la directive sur les OGM, publiée le 29 mai 1992, par la Food and Drug Administration, mentent quand ils écrivent:
« L’agence n’a jamais reçu d’information qui montre que les aliments dérivés des nouvelles méthodes diffèrent des autres aliments d’une manière significative ou uniforme, ni que, en tant que catégorie, les aliments dérivés des nouvelles techniques soient l’objet de préoccupations différentes ou plus grandes concernant leur sécurité que ceux développés par le croisement traditionnel »...

Pourquoi cela serait un mensonge ?

Parceque je cite :

 

« Six mois plus tôt, en effet, James Maryanski, le coordinateur des biotechnologies au sein de la FDA, qui encadra la rédaction de la directive, écrivait dans un document aujourd’hui déclassifié :
« Nous ne savons pas quelle est la cause de l'EMS mais nous ne pouvons pas exclure l’hypothèse qu’elle soit due à la manipulation de l’organisme ». »

 

A première vue, il n’y a absolument aucune logique dans cette affirmation ; en effet, le fait qu’alors que les causes de l’EMS n’avaient pas été identifiées, l’hypothèse d’un lien avec la transgénèse n’a rien d’une PREUVE d’un lien avec la transgénèse !

En effet, il est fait mention de l’absence « d’informations qui montre » ; c'est-à-dire de preuve.

Depuis quand une hypothèse devient-elle sans même être testée une preuve ?!?

Si j’émets l’hypothèse que les cratères lunaires sont dus à des atterrissages de martiens, cela prouve t’il que les martiens existent ? Non, bien entendu.

 

Mais cela nous apprends au moins une chose : pour Mme Robin, il est certain que c’est la transgénèse qui est à l’origine de l’apparition de cette maladie. Pourquoi donc ? Examinons les informations qu’elle nous livre sur son blog, et qui sont sans doute représentatives de celles dont elle dispose :

 

http://blogs.arte.tv/LemondeselonMonsanto/frontUser.do?method=getPost&postId=34306&blogName=LemondeselonMonsanto

 

Mme Robin commence par nous dire que toutes les victimes de l’EMS (syndrome éosinophilie-myalgie) avaient consommé du L-tryptophane produit par la société Showa Denko qui a intégré à son processus de fabrication l’usage d’une bactérie génétiquement modifiée en 1984. Elle s’étonne du fait que « l’origine OGM » du L-tryptophane incriminé ne soit mentionnée nulle part.

 

Il est alors clair que Mme Robin croit sur la base de ces informations que :

on a inséré dans une bactérie un gène codant pour le L-tryptophane, et que ce gène aurait codé pour autre chose, pour du L-tryptophane modifié.

Que l’EMS n’a été provoqué que par les lots de L-tryptophane « d’origine OGM ».

Que tous les lots de L-tryptophane d’origine OGM ont provoqué l’EMS.

 

Et bien cela est faux : le L-tryptophane n’est pas une protéine, mais un acide aminé. Un gène ne code pas pour un acide aminé, mais pour un ARN et/ou ou une protéine. Un gène est souvent un « plan d’assemblage d’acides aminés pour produire une protéine ».

Les gènes insérés dans cette souche de bactérie ne codaient donc pas pour un « tryptophane modifié », mais pour des enzymes qui participaient à une des nombreuses réactions mises en jeux dans la production du L-tryptophane par fermentation.

 

En outre, l’EMS n’est pas provoqué que par le L-tryptophane « d’origine OGM » : il a également été provoqué par des contacts avec du L-5-hydroxytryptophane, qui est lui produit par voie de fermentation (sans transgénèse).

 

Et enfin, non seulement tous les lots de L-tryptophanes produits par la bactérie OGM de Showa Denko, mais cerise sur le gateau, d’autres entreprises ont continué à commercialiser par la suite du L-tryptophane produit par des bactéries OGM sans poser aucun problème d’EMS, notamment, la Kyowa Hakko Kogyo Co, confère le brevet qu'elle a déposé en 1995, No. 147541, et son site internet.

 

Bilan :

Des lots de tryptophane produits par d’autres bactéries OGM, voire même par la même souche, n’ont pas provoqué d’EMS.

Des cas d’EMS ont été provoqués par d’autres substances proches obtenues sans aucun usage de transgénèse.

 

Conclusion logique : il n’y a aucun élément qui incrimine directement la transgénèse dans cette affaire. Il est bien plus probable que le travail de Showa Denko ait été entaché par une mauvaise maîtrise des cultures de bactéries, et un mauvais filtrage du produit : cette entreprise a laissé une substance toxique apparaître dans certains lots, et ne les a pas suffisamment purifiés pour l’en éliminer. C’était l’hypothèse retenue comme la plus probable également par la FDA, ce que Mme Robin savait bien entendu, mais ce qu’elle n’a pas pu comprendre étant donné qu’il lui manquait ces informations clefs.

 

 

Voilà donc comment par manque d’information, et par manque de logique (car il faut bien en manquer pour confondre hypothèse et preuve) on en arrive à affirmer que l’usage des biotechnologies pour la production de médicaments est dangereuse, alors même que la quasi-totalité de la production de médicaments aussi vitaux de l’insuline en dépendent.

 

Prenons un peu de recul : vous avez tous entendu parler du scandale des hormones de croissance. Des gens ont été contaminés par l’usage d’hormones de croissances extraites d’hypophyses humaines.

La réponse à cet incroyable scandale est arrivée bien tard en France ; nous avons attendu 1988 pour remplacer ces hormones de croissances dangereuses par des hormones d’une origine bien plus sûre.

Et quelle est à votre avis cette origine ?

Une production à l’aide de bactéries génétiquement modifiées.

 

Gardons donc cela à l’esprit : le risque n’est jamais absolu, mais toujours relatif. Relatif aux pratiques préexistantes, qui ne sont jamais dénuées de risques potentiels, voire avérés.

Alors, est-il vraiment plus dangereux d’utiliser des médicaments produits par des bactéries ou des plantes OGM que d’utiliser des substances extraites de cadavres humains ou animaux qui peuvent nous transmettre des maladies ?


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MON 863 ; toxicologie et cie.

Dans cet article (http://blogs.arte.tv/LemondeselonMonsanto/frontUser.do?method=getPost&postId=32547&blogName=LemondeselonMonsanto), Mme Robin nous raconte que la CGB et cie avaient donné un avis défavorable au MON863, un maïs Bt résistant à la chrysomèle, compte tenu de variations significatives entre les lots de rats nourris aux OGM, et sans OGM du test de toxicité.

 

Comme souvent, c’est un peu rapide, et lacunaire :

-          Le 27 Juin 2003, la CGB a demandé l’accès aux données complètes de l’étude sur le MON863.

-          Le 31 Octobre, la CGB fait état de la présence de différences significatives entre les lots nourris aux OGM et les lots témoins pour certaines variables, sans qu’il soit possible d’en conclure quoi que ce soit. En effet, il ne suffit pas qu’il y ait une différence significative entre les deux lots pour une variable pour qu’il y ait toxicité. Par exemple, on peut tout a fait observer des différences significatives entre les glycémies, ou les taux de globules blancs de deux lots de rats nourris exactement de la même façon. De même qu’on peut observer une différence statistiquement significative, mais sans impact sur la santé : lorsque vous faites une analyse de sang, vous pouvez avoir beaucoup moins de plaquettes que quelqu’un sans qu’aucun de vous ne sorte des valeurs « normales ». Il faut donc pour qu’il y ait toxicité qu’on observe des différences anormales pour un champ cohérent de variables. Ce n’était pas le cas. La CGB a donc réclamé un complément d’étude et de nouvelles analyses statistiques.

-          Le 25 Juin 2004, la CGB après examen de ces nouvelles données conclue que les différences observées sont normales, c'est-à-dire qu’on en observe fréquemment de telles entre des lots nourris avec des variétés classiques.

 

Plus de détails ici : http://www.ogm.gouv.fr/experimentations/evaluation_scientifique/cgb/autres_avis/Avis_CGB_MON863_15juin2007.pdf

 

Mme Robin oublie donc, ou ignore, ce qui s’est passé entre le 28 Octobre 2003 et le 19 Avril 2004. L’article de son blog invitera le lecteur à croire que c’est sur la base des mêmes données qu’il y a eu refus, et acceptation du MON863.

C’est faux : il y a d’abord eu refus par manque de données, puis acceptation une fois les données complémentaires nécessaires fournies.

 

Je n’évoquerai pas « le rapport des Amis de la Terre », celui-ci n’ayant absolument rien d’un document scientifique.

J’en profite par contre pour rappeler que la question de l’impact sur la santé des gènes de résistances aux antibiotiques n’est pas vierge de recherches, et je me permets de faire une petite digression sur le sujet :

-          Aucun des gènes de résistances ayant été utilisés dans des variétés commerciales ne porte sur des antibiotiques utilisés. Ce qui signifie que si, dans le pire des cas, un gène de résistance à un antibiotique venait à sauter d’une plante OGM à une bactérie pathogène, cela lui ferait une bonne jambe, l’antibiotique en question n’étant pas utilisé en médecine.

-          Avant, pour étudier la génétique des communautés de micro-organismes, il fallait en isoler et en cultiver les souches pour pouvoir étudier leur ADN. Le problème est qu’on ne sait cultive qu’un très faible pourcentage des micro-organisme des sols, de notre flore intestinale etc. La majorité de ce petit monde nous était inaccessible.

On sait aujourd’hui étudier directement et indifféremment leur génome, sans avoir besoin de les cultiver. On appelle cette nouvelle approche la « méta génomique ».

Quel est le rapport avec le sujet ?

Le voilà :

http://www.blackwell-synergy.com/doi/abs/10.1111/j.1462-2920.2004.00664.x

http://www.blackwell-synergy.com/doi/abs/10.1111/j.1574-6968.2006.00221.x

On s’est aperçu que ce petit monde regorge de gènes de résistances aux antibiotiques. Bien plus qu’on ne l’aurait pensé au premier abord. On en visage d’ailleurs d’aller y chercher les antibiotiques de demain.

Mais revenons au sujet : cette nouvelle approche a été appliquée à la question des transferts de gènes de résistances d’une plante OGM à un micro-organisme, du sol où d’ailleurs. Première question donc : que représenterai l’apport d’un gène de résistance par rapport au nombre de copies que ces micro-organismes ont déjà ?

Réponse ici :

http://www.pnas.org/cgi/reprint/0800072105v1.pdf

Les gènes de résistance en question sont déjà fréquents dans les sols.

 

 

Mais bref, fermons la parenthèse pour en arriver à la « contre-expertise » de Mr Seralini.

C’est bien connu : avec des statistiques mal employées, on peut démontrer à peu près tout et n’importe quoi.

Mme Robin nous dit ceci de l’étude de Mr Séralini :

« Et puis, dans le cadre du CRII-GEN, il a conduit une contre-expertise des données brutes de l’étude en appliquant une méthodologie statistique plus fine, tenant compte notamment des organes, de la dose et du temps d’exposition aux OGM. Celle-ci a révélé que les effets du maïs 863 sur les rats étaient bien plus importants que ceux constatés initialement, « ce qui indique la nécessité de poursuivre les tests ». »

Manque de chance pour Mr Séralini, sa méthodologie statistique plus fine est dépassée : elle ignore complètement le point clef de la polémique ; la différence entre les rats recevant les mêmes aliments. En outre, elle est basée sur des postulats qu’on fait certes souvent, mais qui n’étaient précisément pas vérifiés ici.

De fait, elle surestime la différence entre les lots nourris avec le maïs OGM et les lots témoins.

La méthodologie plus fine évoquée ici relève en fait du travail d’étudiant ; il s’agissait de l’application d’un des modèles statistiques les plus classiques à un cas particulier auquel il ne pouvait pas s’appliquer.

Pour ceux qui voudraient le détail de la réfutation scientifique, il est disponible en accès libre et en Français ici :

http://www.ogm.gouv.fr/experimentations/evaluation_scientifique/cgb/autres_avis/Avis_CGB_MON863_15juin2007.pdf

En annexe de ce document se trouve la travail d’Hervé Monod (en Français) qui a non seulement reproduit l’analyse de Mr Séralini, mais qui l’a également comparée à une analyse plus sérieuse et poussée.

Ce genre de document n’étant pas facile d’accès, nous y reviendrons dès que possible.


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